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Infidèles

© théâtre de la Bastille

Spectacle de tg STAN et de Roovers, d’après le scénario Infidèles et l’autobiographie Laterna Magica d’Ingmar Bergman – Au Théâtre de la Bastille, en coréalisation avec le Festival d’Automne à Paris.

Depuis plusieurs années tg STAN travaille en contre-plongée sur l’œuvre d’Ingmar Bergman (né en 1918, mort en 2007 sur l’île de Fårö) et le Théâtre de la Bastille depuis 2001, accompagne ses créations. La première d’une série de trois présentée cette saison, Infidèles, place le réalisateur face à ses personnages, à sa vie, à son œuvre. Nous sommes aux frontières de la fiction et de la réalité où l’art et les sentiments se mêlent, où le geste artistique a rendez-vous avec l’intime.

Le spectacle part du scénario écrit par Ingmar Bergman en même temps qu’il fait référence au film réalisé par Liv Ullmann, Infidèle sans « s », tourné en 2000 et présenté à Cannes. Tg STAN y intègre des éléments de Laterna Magica, œuvre autobiographique de Bergman. Une femme se raconte et reconstruit son histoire amoureuse telle que perçue dans la fantasmatique du réalisateur. Il la nomme Marianne, elle met en scène ses vérités, sa vie. On entre dans le spectacle à petits pas, sur un ton ludique, sorte de jeu d’amour et de hasard. Petit à petit se dessine des portraits et s’élabore le récit, dans une puissante montée dramatique.

Autour de Marianne, son époux, Markus, chef d’orchestre, souvent sur les routes pour des tournées internationales, qui vibre à l’écoute du tumultueux et romantique andante du Quatuor pour piano et cordes opus 60 de Joannes Brahms évoquant l’amour secret du compositeur, pour Clara Schumann sa muse. David, ami de Markus et d’un couple qui semble heureux, met en scène Le Songe de Strindberg dans un climat houleux, quelques extraits très kitch seront montrés, soulignés de vert par des lumières flashy et des acteurs rococos. David rend souvent visite à ses amis et aime à raconter des histoires à leur fille, Isabelle, âgée de neuf ans, qui peuple sa chambre de trolls et de fantômes.

Mais la belle machinerie s’emballe quand le mensonge s’installe et qu’un soir en l’absence de Markus, la relation entre David et Marianne change de nature. Les petits arrangements n’ont qu’un temps et Markus, l’homme blessé, déclenche les hostilités.  « Tu pleures… C’est toujours un jeu ? » demande-t-il. « C’est une affaire d’âme » répond-elle. On assiste au naufrage du couple, à celui de Marianne, puis celui de Markus qui va jusqu’au suicide, tandis que David poursuit ses conquêtes. La découverte d’un mensonge réciproque en la personne d’une autre femme auprès de Markus, Margareta, laisse Marianne dans le vide et Isabelle, qui avait tant aimé ce pique-nique au lac avec son père, semble oubliée de tous.

Marianne se plie au jeu de l’auteur et le guide pour remonter le temps. Elle lui permet ainsi d’écrire un nouveau scénario à partir de son histoire d’amour passée. Au-delà de ce portrait de femme et du chaos intérieur des personnages, s’esquissent les étapes d’une œuvre torturée qui conduit dans le labyrinthe de la condition humaine, semblable à l’œuvre de Bergman. Metteur en scène pour le théâtre, réalisateur à partir de 1946 de nombreux films devenus cultes, du Septième Sceau en 1957 à Persona en 1966, de Cris et chuchotements en 1972 à Fanny et Alexandre en 1982, il fut aussi écrivain. Franck Vercruyssen, du collectif Tg STAN et de Roovers, se passionne pour son écriture.

Le collectif a travaillé sur deux de ses textes, Après la répétition et Scènes de la vie conjugale. Dans un réalisme troublant et une simplicité élaborée, quatre acteurs aux sensibilités éclatées, servent magnifiquement le propos : Ruth Becquart, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen. On ne trouve ici ni métaphysique ni onirisme à travers les textes rassemblés qui se fondent en un, seulement des vérités, à chacun la sienne. Infidèles invite à une plongée abyssale dans une analyse à cru des comportements du couple, jusqu’au vertige.

Brigitte Rémer, le 15 septembre 2018

De et avec Ruth Becquart, Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker et Frank Vercruyssen – costumes An D’Huys – lumières Stef Stessel – technique tg Stan et de Roovers – régisseur Bastille Mathieu Bouillon – traduction du suédois Une affaire d’âme d’Ingmar Bergman in Cahiers du cinéma, 2002, par Vincent Fournier.

10 au 28 Septembre 2018 – Théâtre de la Bastille, 76 rue de la Roquette 75011- Métro Bastille – Tél :  01 43 57 42 14 –  Site www.theatre-bastille.com et www.stan.be/deroovers.be – Le 22 septembre, à partir de 19h, projection de la nouvelle version du film de Bergman, Persona (1966) avec Bibi Anderson et Liv Ulmann, suivie d’un échange avec Frank Vercruyssen du collectif tg STAN et un spécialiste de l’œuvre du cinéaste. Tg STAN présente aussi au Théâtre de la Bastille, Atelier du 1er au 12 octobre et Après la répétition du 25 octobre au 14 novembre, dans le cadre du Festival d’Automne.